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Le narcissisme chez l’adulte, contrairement aux idées reçues, n’est pas péjoratif mais correspond à la fois au sentiment d’exister et à l’amour que l’on se porte. Pour être schématique, nous pouvons considérer que c’est ce qui nous structure en tant que sujet.

L’utilisation du terme de narcissisme est paradoxale, ce qui contribue à la complexité de ce concept. Un narcissisme sain dépend de la qualité du passage du stade anobjectal (narcissique) au stade objectal.

En pathologie, on parle de sujet narcissique quand son narcissisme, en tant que structure, est défaillant, et que tout dans le comportement du sujet permet de croire qu’il a des difficultés à renoncer à l’illusion narcissique et à accepter l’altérité. _____________________________________________________________________ [60] KLEIN Mélanie, The role of the school in the libidinal development of the child. Internal, J. Psycho-Analysis. 1924, 5, 321 p.

53 o Le narcissisme comme investissement libidinal du Moi (Freud) Dans L’introduction au narcissisme (1914) [61], Freud développe la théorie de la libido. Rappelons que la libido est l’énergie psychique des pulsions sexuelles ; le sexuel pour Freud ne se limitant pas au sexe mais comprenant aussi le désir, l’envie (au sens positif du terme), l’amour …

Freud parle alors du narcissisme comme d’un investissement libidinal du Moi ; il évolue donc parallèlement à la formation du Moi « A l’origine, tout était ça. Le Moi se développe à partir du ça sous l’influence persistante du monde extérieur. » le Moi s’approprie progressivement des quantités de plus en plus grandes d’énergie libidinale issue du ça qu’il va ensuite modeler au gré des processus identificatoires. Pour Freud, le Moi résulte de la « sédimentation des investissements d’objets ». Le Moi est comme un oignon formé par différentes couches d’identification à l’autre.

Le narcissisme dit secondaire par Freud est l’investissement libidinal du Moi constitué. Les deux aspects du narcissisme, structurel et chronologique sont ici intriqués. Ce narcissisme est dit secondaire car il succède à la phase anobjectale mais il fait partie intégrante de tout fonctionnement mental adulte normal.

« Le Moi doit être considéré comme un grand réservoir de libido d’où la libido est envoyée vers les objets, et qui est toujours prêt à absorber de la libido qui reflue à partir des objets. (…) Plus tard, une partie (de la libido) en sera cédée aux objets, mais, fondamentalement, l’investissement du Moi persiste et se comporte envers les investissements d’objet comme le corps d’un animalcule protoplasmique envers les pseudopodes qu’il a émis. » Alors qu’avec le narcissisme primaire, l’autre est soi ; à l’étape du narcissisme secondaire, on ne peut plus maintenant que s’éprouver à travers l’autre.

Sur le plan économique, il y a opposition entre libido investie dans le Moi et libido d’objet : « plus l’une absorbe, plus l’autre s’appauvrit. » Ainsi, chez un sujet qui souffre d’une maladie organique, l’investissement libidinal est retiré des objets extérieurs pour être déposé sur le Moi. « Le malade cesse d’aimer aussi longtemps qu’il souffre ». Investissement dans la vie amoureuse, la surestimation de l’objet aimé absorbe l’intégralité de l’investissement libidinal : il y a retrait de l’investissement narcissique.

Le développement du Moi est paradoxal : il « consiste à s’éloigner du narcissisme primaire, et engendre une aspiration intense à recouvrer ce narcissisme. Cet éloignement se produit par le moyen du déplacement de cet idéal. » En effet, le Moi se trouve appauvri au bénéfice des investissements libidinaux d’objet et au bénéfice de l’Idéal du Moi. Puis, il s’enrichit à nouveau par les satisfactions objectales ainsi que par l’accomplissement de l’idéal.

_____________________________________________________________________ [61] FREUD Sigmund, L’introduire le narcissisme (1914). La vie sexuelle. Paris : PUF ; 1995.

54 o Le Narcissisme et l’Idéal du Moi

Selon Freud, ce sont les blessures infligées au narcissisme primaire qui vont permettre le passage au narcissisme secondaire ainsi que le passage du Moi idéal à l’Idéal du Moi.

On peut dire schématiquement que l’Idéal du Moi évolue parallèlement au développement psychique de l’enfant. Au stade initial du narcissisme primaire ou phase symbiotique, l’Idéal du Moi n’est pas encore formé. L’enfant se vivant comme omnipotent, il est lui-même son propre idéal. On parle alors de Moi idéal.

Puis avec la perception de plus en plus claire de l’objet (la mère d’abord), l’Idéal du Moi émerge. Visant d’abord à combler la mère, l’Idéal du Moi est dit (par certains auteurs) prégénital.

Avec le complexe de castration s’opère la reconnaissance d’une incomplétude qui va susciter le désir de retrouver la perfection narcissique. En effet, quand l’enfant réalise que sa mère désire en dehors de lui, qu’il n’est pas tout pour elle, il va tenter de reconquérir son amour. Cela ne peut se faire qu’en satisfaisant à certaines exigences, celles de l’Idéal du Moi. Avec l’apparition de la triangulation, l’Idéal du Moi visera à combler les exigences des deux parents. L’Idéal du Moi correspond, à la fin de ce processus, aux représentations culturelles, sociales et aux impératifs éthiques tels qu’ils sont transmis par les parents.

Si le Surmoi résulte de l’intériorisation des interdits parentaux (et s’acquiert particulièrement lors du complexe de castration), l’Idéal du Moi résulte de l’intériorisation des exigences parentales (« tu devrais ou tu dois être comme cela ») : il représente un modèle auquel le Moi doit se conformer.

L’Idéal du Moi a pour visée l’être même du sujet auquel il propose une image parfaite de lui-même : il est donc intimement lié au narcissisme, et dépendant de l’image que les parents ont de leur enfant, ou du moins de l’image que celui-ci a perçue. Le fondement en sera l’intériorisation du regard de la mère sur son enfant, avec tous les aléas pouvant être liés à ce processus.

L’Idéal du Moi est donc le dépositaire du narcissisme infantile du sujet et de celui de ses parents, l’enfant cherchant inconsciemment à se mettre à la place de l’objet idéal qui viendrait combler ses parents. Il intervient à la suite de cette période où l’enfant a l’illusion de sa toute-puissance.

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