Het maken van geweren en andere wapenen, vroeger een aanzienlijk tak van nijver- nijver-heid , is thans geheel te niet gaan

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Comme l’écrivent SOREL et VEDRINNE (2003) [87], le suicide est un « thème universel travaillant les hommes dans le secret d’eux-mêmes et qui vient sur le devant de la scène révéler à chacun ce qui gît au fond de lui ». Le suicide semble en lien avec quelque chose qui s’impose à soi, comme une porte qui cède à la pression d’un élément trop difficile à contenir à l’intérieur. Le moment du passage à l’acte semble permettre à quelque chose de ressurgir l’espace d’un moment, comme à travers une brèche : un secret bien enterré, un événement traumatique mis de côté et jamais digéré. Il permet, l’espace d’une seconde, l’émergence d’une sorte de corps étranger contenu par le patient et bien caché, surtout de lui-même. Le passage à l’acte peut être considéré comme la traduction d’un passé oublié qui fait référence à une expérience traumatisante qui n’a pas pu être digérée sur le plan psychique et qui doit donc se répéter.

Le suicide est-il une façon d’anéantir des évènements ou pensées inacceptables ?

A titre d’exemple, l’auteur cite le cas de Mr. P. Nous rencontrons ce patient de 35 ans alors qu’il est hospitalisé au SMU du CHLS suite à une TS par arme blanche dans un contexte d’alcoolisation aiguë. Mr. P a essayé de s’ouvrir la gorge ; heureusement, la coupure est restée superficielle. Mr. P n’a aucun antécédent psychiatrique ni suicidaire. Lors du premier entretien, le patient ne dit quasiment rien de son geste. Il décrit les faits précis comme ils se sont déroulés : il a été amené par _____________________________________________________________________ [87] SOREL Pierre et VEDRINE Jacque, Le geste ultime : essai sur l'énigme du suicide, Lyon Presses Universitaires de Lyon. 2003. 143 p.

68 sa femme aux urgences en raison d’un état ébrieux avec agressivité verbale et agitation à domicile. Il a fugué des urgences, rentrant à pied à son domicile. Voyant la porte fermée, il est passé par le toit après en avoir démonté les tuiles et a pénétré dans la cuisine où il a saisi un couteau et a tenté de s’égorger. Il ne s’explique pas du tout son geste. Il se décrit comme un bon ouvrier, père comblé de deux enfants de 11 et 4 ans, heureux en ménage. On ne note dans son discours aucun élément clinique évocateur d’une psychopathologie particulière. Mr. P ne rapporte, comme facteur déclenchant, qu’une blessure au genou qui lui a déjà valu l’an dernier un arrêt de travail assez long et dont il semble avoir beaucoup souffert. Ce n’est qu’au bout de plusieurs jours d’hospitalisation que le patient évoquera en entretien le suicide de son propre père, il y a environ 15 ans, mort après s’être lui aussi ouvert la gorge. Le patient n’avait jamais parlé à quiconque de cet événement qui était resté le secret partagé par sa mère et ses deux frères cadets.

Dans quelle mesure le passage à l’acte suicidaire ne vient-il pas signifier au suicidant un événement soigneusement enfoui, secret, voire refoulé et inaccessible directement au champ du conscient ?

Le plus souvent, le patient ne prend pas conscience de ce resurgissement du passé, du trauma, de l’inconscient, de l’originaire. C’est bien pour cela que lorsqu’un suicidant nous parle de son passage à l’acte et de ses raisons souvent plates et rationnelles, il nous parle de tout sauf de cela.

A titre d’exemple, l’auteur cite le cas de Mme. D. La patiente est hospitalisée également au SMU, suite à une TS médicamenteuse. Il s’agit de son premier geste suicidaire. Elle évoque comme facteur déclenchant la situation de son fils qui ne cesse de « traiter mal » sa femme. Le discours de la patiente est empreint d’une confusion entre elle-même et sa belle fille, à laquelle visiblement l’identification est massive. La dimension incestueuse du discours ne fait rapidement aucun doute tant la confusion générationnelle est évidente depuis qu’ils sont devenus parents d’une petite fille. La patiente ne nous en apprendra pas plus au cours des différents entretiens sur ses motivations suicidaires, qui semblaient pour le moins incongrues et disproportionnées, et demandera rapidement sa sortie, s’indignant contre les psychiatres « qui sont toujours à questionner sur le passé alors qu’il n’y a rien à chercher ». Ce sont les révélations de la fille de la patiente, étrangement absente du discours de Mme. D, qui nous permettront d’y voir plus clair : le jour de la sortie de la patiente, sa fille nous apprend qu’elle a été victime d’abus sexuels de la part de son grand père, le père de Mme. D. N’y avait-il donc pas là plus qu’un concours de circonstances quand Mme. D tenta de mettre fin à ses jours alors que son fils, décrit comme un tyran conjugal, devenait lui-même père d’une petite fille ?

Le suicide ne sert pas à proprement parler de « révélateur » du secret, mais il semble que, lors du passage à l’acte, quelque chose échappe au patient et vienne prendre corps sur la place publique et notamment au sein de la famille.

En effet, les enjeux du suicide se manifestent aussi par rapport aux générations passées ou à venir et dépassent largement les conflits actuels mis en avant pour faire écran à des souffrances plus secrètes (inceste, naissances illégitimes

69 …). Le passage à l’acte suicidaire peut donc prendre la fonction d’une véritable dénonciation.

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