Consumtieregt op den tabak

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Comme l’écrit VEDRINNE (2003) [87], « il ne saurait y avoir de suicide en dehors de cette confusion permanente, profonde, structurale entre soi et l’autre ».

Le verbe « se suicider » est un terme redondant qui vient dire quelque chose, contrairement à sa traduction anglaise moins équivoque « to commit suicide ». Une des questions posées par le suicide peut se résumer ainsi : « dans le suicide, qui tue qui ? ». Et si se tuer était en réalité tuer l’autre en soi ? Mais alors qui est cet autre ?

A. RIMBAUD (1871) [88], écrivait « Je est un autre ».

FREUD dans « Psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine » écrivait « personne ne trouve pour se tuer l’énergie psychique si, premièrement, il ne tue pas du même coup un objet avec lequel il s’est identifié, et deuxièmement ne retourne pas par là contre lui même un désir de mort qui était dirigé contre une autre personne ». La tentative de se tuer serait donc une manière de se débarrasser de l’objet imaginaire auquel le sujet s’est identifié pour toujours. Face à cette équivalence (agressivité contre soi ou contre autrui), le sujet balance à travers ses représentations fantasmatiques entre une identification à la victime ou à l’agresseur. Il trouve dans le suicide un compromis singulier : être les deux à la fois.

_____________________________________________________________________ [88] RIMBAUD Arthur, Lettres du voyant (13 et 15 mai 1871). Hrsg. von Gérald Schaeffer. [mit] Marc Eigeldinger: La Voyance avant Rimbaud. Genf u.a. 1975. – Text (diplomatische Umschrift des Manuskripts): S. 134-144; Kommentar: S. 145-190 p.

71 M. HANUS (2004) [89], dans « le deuil après le suicide », expose que le suicide satisfait le désir de l’homme : à la fois celui de tuer (sadisme), celui d’être tué (masochisme) et celui de mourir (pulsion de mort).

Le suicide peut être envisagé comme une réponse à un moment de vécu quasi paranoïaque. En effet, dans bon nombre de situations cliniques, on retrouve que le suicidant possède un ressenti extrêmement persécutoire notamment vis-à-vis des proches. A un moment, le suicide s’impose en terme de « c’est lui ou moi ». VEDRINNE (2003) [87] écrit que « le geste suicidaire est évoqué devant celui à qui il s’adresse sous la forme plus ou moins déguisée de cette question : est-ce vraiment ma mort que tu veux ? ».

On retrouve les notions de poussée instinctuelle de violence, dit aussi violence fondamentale, selon le concept de BERGERET (1989) [90], qui s’appuie à son origine sur des mises en scène très précoces telles que « l’autre ou moi », « lui ou moi », « survivre ou mourir », « survivre au risque de devoir tuer l’autre ». Dans ce concept d’instinct de mort, il ne s’agit pas de détruire spécifiquement cet autre. Il véhicule plutôt des idées de désintrication, de scission, de séparation, de distinction, d’individuation. Ceci est d’autant plus vrai que le suicidant se retrouve souvent dans une situation de dépendance narcissique à l’égard d’un objet qui vient à manquer. Le sujet est alors renvoyé à la problématique du deuil. VEDRINNE (2003) [87] écrit que « le suicide a une fonction substitutive : il se substitue à l’inimaginable perte, à l’impossible deuil de l’objet ». Dans le suicide, tout fonctionne comme si l’objet avait été perdu (très rarement perdu dans la réalité mais perdu en tant qu’objet d’amour). Souvent, on est même incapable de reconnaître clairement ce qui a été perdu. Bien évidemment la perte de l’objet est inconsciente.

FREUD (1915) [91], dans « Deuil et mélancolie », explique que le sujet fait un choix qui se porte vers l’objet, c’est-à-dire qu’il y a liaison de la libido à une personne déterminée. Sous l’influence d’un préjudice réel ou d’une déception de la part de la personne aimée, cette relation est ébranlée. Normalement, s’opère le retrait de la libido de cet objet et son déplacement sur un nouvel objet. Dans la mélancolie comme dans la crise suicidaire, la libido est retirée dans le Moi et sert à établir une identification d’une partie du Moi : une partie du Moi s’oppose à l’autre (le Moi modifié par l’identification), la prend comme objet et va jusqu’à décider de vie et de mort sur elle. L’hostilité éprouvée envers l’objet perdu va donc se retourner contre le sujet lui-même. Au moment du passage à l’acte suicidaire, haine et sadisme s’exercent donc sur le Moi identifié, considéré en position d’objet, ce qui permet au Moi de se tuer. Le sujet devient « l’auteur et la victime du meurtre de soi-même » comme l’écrit VEDRINNE (2003) [87]. Il y a dans le suicide ce fantasme inconscient qu’en le tuant, le self sera libéré à jamais de l’objet étranger.

_____________________________________________________________________ [89] HANUS M., Le deuil aprés suicide, Paris, Maloine, 2004.

[90] BERGERET J., La notion de pulsion de mort pour le clinicien. Rev. Franç. Psychanal., 1989, (2), 577-591 p [91] FREUD Sigmund, (1915) Deuil et mélancolie. In : Métapsychologie. Paris : Gallimard ; 1968.

72 Dans la théorie de M. KLEIN (1940) [92], très schématiquement, le bébé se représente le monde de façon dichotomique : le « bon » (lui et sa mère dans un rapport fusionnel) et le « mauvais » (le monde extérieur). On parle alors de position « schizoparanoïde ». Il réalise ensuite que le bon et le mauvais représentent en réalité le même objet. On parle alors de position « dépressive ». Il va devoir intégrer ceci, ce qui permettra d’acquérir l’unité du moi, une identité propre, l’accès à l’ambivalence et à l’altérité. Dans le suicide, tout se passe comme si la personne n’avait pas intériorisé le bon et le mauvais objet, comme seul et même objet, sorte de régression à la position schizoparanoïde. Le suicide tue ainsi le mauvais objet en pensant préserver le bon, c’est pourquoi il semble peu évident que ce soit la mort réelle de tout l’être qui soit recherchée dans le passage à l’acte suicidaire.

De même, dans « le deuil originaire », RACAMIER (1992) [93] écrit que le bébé vit une « relation d’unisson narcissique » avec sa mère, un espace de fusion, de toute puissance, de jouissance immédiate. L’enfant devra se détourner de cette mère « indistincte et totale » et en faire le deuil pour s’individualiser, se distinguer, désirer, explorer le monde et investir l’objet. Tout se passe à nouveau dans la crise suicidaire comme si ce deuil avait raté. La perte devient alors impossible, la nostalgie de cette fusion narcissique inconsolable. La perte représente un danger de mort, synonyme d’annihilation. Le vécu devient alors proche d’une angoisse de morcellement et conduit au passage à l’acte comme solution pour faire taire, en tout cas momentanément, cette souffrance insupportable.

S. LECLAIRE (1981) [94], dans « On tue un enfant », nous explique que le geste suicidaire peut être considéré comme un moyen d’assouvir « le fantasme de meurtre de l’enfant idéal que nous portons en nous », cet enfant étant la « représentation du représentant narcissique primaire ». Mais le suicide représente également le moyen de séparation et de réunion avec l’enfant en nous au stade narcissique.

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