MAANDELIJKSCHE REVUE VAN BROCHURES EN VAN TIJDSCHRIFT- EN DAGBLADARTIKELEN

In document *Vi iffe^ (pagina 62-116)

La conception de l’espace dans ce travail est étroitement liée à la question de l’environnement, des relations société-environnement et de la manière de les envisager dans le cadre d’une recherche en sciences humaines traitant d’une problématique socio- environnementale. Nous utilisons le concept de territoire pour appréhender les dimensions spatiales des faits sociaux analysés.

1.2.1. Espace, territoire et environnement

L’espace est entendu ici comme le « milieu géographique », c’est-à-dire comme l’espace physique au sein duquel se déploient les activités humaines. La notion d’espace est considérée d’abord comme une dimension de la vie sociale (Lévy et Lussault, 2003 ; Veschambre et Séchet, 2006). En ce sens, l’espace est multidimensionnel. Dans cette recherche, il est principalement question de l’espace vécu (Frémont, 1976) mais secondairement, les dimensions matérielles et physiques des espaces sont aussi prises en considération. La notion de territoire permet d’intégrer ces différentes dimensions. Il est défini par G. Di Méo (1996 : 40) comme une «appropriation à la fois économique, idéologique et politique (sociale donc)

de l’espace par des groupes qui se donnent une représentation particulière d’eux-mêmes et de leur histoire ». De même, M. Le Berre (1992) propose une définition du territoire en tant que « portion d’espace appropriée par un groupe social pour assurer sa reproduction et la satisfaction de ses besoins vitaux ».

Il y a donc un questionnement sur la « nature » des espaces sur lesquels se concentre notre travail.

Glon et Pecqueur (2006) s’interrogent sur les relations entre le territoire et l’environnement. Le territoire est défini comme l’expression d’une relation sociale à l’espace. Celle-ci se manifeste par l’appropriation et s’exprime à travers des processus identitaires et des processus de valorisation. Cette approche du territoire met de côté ses dimensions administratives qui imposent des limites, des frontières avec lesquelles le territoire -comme espace vécu - s’accommode difficilement. En s’appuyant donc sur une définition du territoire comme « relation à la terre », ces auteurs s’interrogent sur les relations entre territoire et environnement. L’articulation entre la notion d’environnement et celle de territoire se situe dans les relations sociales multiples à l’espace entretenu par les sociétés. En ce sens, les deux notions sont proches :

« L’une comme l’autre font référence à des dynamiques de valorisation des milieux par les sociétés. » (Glon et Pecqueur, 2006 :15)

Cependant, elles se distinguent principalement autour de l’idée d’appropriation sociale de l’espace qui caractérise plus directement et plus fortement le territoire.

« Bien que l’environnement soit le plus souvent humanisé, cette notion ne se définit pas par les processus sociaux d’appropriation qui singularisent le territoire. » (Glon et Pecqueur, 2006 :15)

Lorsque l’environnement est pris en considération, le point de vue embrasse les milieux naturels anthropisés, le cadre de vie des sociétés et les sociétés elles-mêmes. Tandis qu’en optant pour la notion de territoire, le point de vue se situe plutôt du côté des usages et des actions de la société au sein de l’environnement, d’un environnement approprié, notamment en s’intéressant à leur forme et inscription dans l’espace. La notion d’environnement, en lien avec ce qui est dit dans le paragraphe précédent, garde une portée générale, plus globale alors que la notion de territoire sous-entend une forme de proximité.

Le territoire, qui accepte des usages et des définitions nombreuses, renvoie dans tous les cas à des conceptions très variées en géographie à tel point que B. Elissalde parle de « polyphonie

et de polysémie territoriale » (2002 : 194). Notre choix est de rester sur une définition simple

et souple du territoire compris comme une portion de l’espace approprié par la société.

1.2.2. Des territoires de l’eau

A propos de l’ouvrage de S. Ghiotti (2007), Les territoires de l’eau, Y. F. Le Lay (2007) souligne l’apport de ces approches dont l’originalité est de « combiner les dimensions

naturelles et socialisés de l’espace. » S. Ghiotti s’est intéressé aux dimensions territoriales et

environnementales des ressources en eau et de sa gestion. Selon lui, l’eau est un enjeu majeur pour les espaces ruraux. Depuis les années 60, l’eau est regardée comme une ressource pour le développement de ces territoires. Elle permet de valoriser les paysages, le patrimoine et l’environnement mais aussi l’agriculture et ses productions. Sur le plan quantitatif, la ressource offre des opportunités de développement économique local pour l’activité agricole, encore une fois, mais aussi pour le tourisme. C’est dans cette lecture et cette analyse que s’inscrivent des travaux comme ceux de F. Ardilliers-Carras (1997) ou encore J. Viard (1994), P. Veltz (1996) et Ch. Gagnon (1994) : l’eau et les milieux qui y sont associés sont alors envisagés comme des ressources territoriales au cœur de projets de développement rural local. Dans ces projets, les territoires et leurs ressources sont appropriés par les communautés. En France, la gestion de l’eau est passée de l’eau « ressource » à l’eau « milieu » puis à l’eau « territoire ». A partir de 1992 en France, l’institutionnalisation de la gestion par bassin- versant promeut une gestion « globale, territoriale et équilibrée de la ressource en eau et de

sa valeur patrimoniale » (Ghiotti, 2007). De nouveaux dispositifs d’action publique sont mis

en place : les Schémas Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE) et les Schémas d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SAGE). On assiste alors à l’émergence des dimensions territoriales et environnementales de l’eau, mais aussi à la multiplicité parfois concurrentielle de ces usages ainsi qu’à une transformation des modalités du partage de l’eau

(Aspes, 1998) pouvant générer des conflits. De cette manière, les représentations, les modalités d’appropriation et de valorisation des ressources en eau par la société se transforment et prennent une dimension territorialisée.

Nous retenons donc une approche de l’espace comme territoire. Définie en tant que portion de l’espace appropriée par les sociétés humaines, le territoire contient l’environnement naturel et l’environnement en tant que question sociale.

In document *Vi iffe^ (pagina 62-116)