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Dans son Histoire grecque (Deuxième partie, tome II) parue en 1931, Gustave Glotz – et

avec lui Robert Cohen – démontre bien l’importance croissante d’Alcibiade dans la guerre du Péloponnèse. Bien que Gustave Glotz fasse référence à de nombreuses sources, tant littéraires155 qu’épigraphiques, son interprétation historique reste très influencée par

154 Grote 1866 VIII, p. 9-10. Précisons que G. Grote écrit avant la découverte de l’IG I3 71 qui a

permis de réviser l’opinion scientifique au sujet du discours du Pseudo-Andocide. Néanmoins, G. Grote se montre méfiant envers l’épigraphie. Voir Pébarthe 2011, p. 61.

155 G.  Glotz (1948, p.  562) évoque les anecdotes de jeunesse d’Alcibiade transmises par de nombreuses sources postérieures, par exemple celle du peintre Agatharcos rapportée, selon l’ordre

le texte de Thucydide. Ainsi, il traite très rapidement les actions d’Alcibiade antérieures à l’année 421/0156, date de son apparition dans La Guerre du Péloponnèse, et évoque les

difficultés que l’historien moderne rencontre à partir de l’année 411, « parce que les derniers chapitres de Thucydide laissent une impression de confusion, d’inachèvement, et qu’aucun continuateur du grand historien n’a su reconstituer la trame des événements »157. Gustave Glotz dépeint Alcibiade, « l’illustre aventurier [qui périra]

les armes à la main »158, de manière colorée et vivante et lui consacre un portrait d’une

page qui résume les passions qui, selon lui, animent l’Athénien, ainsi que ses qualités, ses vices, ses mœurs ou encore sa relation avec les Athéniens. En voici un extrait :

Ses origines, son éducation, ses goûts l’inclinaient vers les aristocrates. Il avait leurs vertus et leurs vices, poussés à un degré exceptionnel par une nature indomptable. Sa beauté lui attirait ces hommages que les Grecs ne réservaient pas aux seules femmes. Son intelligence, naturellement pénétrante et subtile, avait encore été aiguisée par de libres entretiens avec Socrate. À la fortune, il joignait l’éloquence, le courage, le génie du commandement : tous les dons, relevés par une séduction irrésistible, mais gâtés par un égoïsme fondamental. Il était adulé à tel point qu’on l’imitait en tout : les jeunes gens à la mode grasseyaient comme lui, laissaient traîner à son exemple leurs vêtements flottants, adoptaient ses parfums et sa façon de s’enivrer. Athènes tout entière applaudissait aux fantaisies de son favori, à ses impertinences, à ses prodigalités, à ses débauches159.

Selon lui, Alcibiade est un adepte de la morale « des lions » que Platon expose dans son

Gorgias160 : « en philosophie, Calliclès est sans doute un personnage fictif ; en histoire, il

a un nom Alcibiade ou Critias »161. Les sentiments et les passions qui dirigent ses actions

sont, à Athènes en 422/1, l’ambition – il « enrageait de n’avoir aucun rôle à jouer »162 – ;

à Sparte en 415, la « haine » et la « rancune traîtresse du stratège exilé »163. À cette liste

chronologique, par le Pseudo-Andocide, Contre Alcibiade, 17 ; Démosthène, Contre Midias, 147

(et scholies), ainsi que Plutarque, Vie d’Alcibiade, 16.

156 G. Glotz (1948, p. 664) fait allusion aux « libres entretiens avec Socrate » et à sa participation aux campagnes de Potidée et de Délion (p.  618  ; 664), mais ne traite pas la question de la réévaluation du tribut votée par les Athéniens en 425, rapportée par le Pseudo-Andocide (Contre Alcibiade, 11) et attestée par l’IG I3 71 déjà publiée et présente à cette époque dans le Corpus

Inscriptionum Atticarum édité par A. Kirchhoff.

157 Glotz 1948, p. 712. 158 Glotz 1948, p. 56. 159 Glotz 1948, p. 664. 160 Platon, Gorgias, 483e.

161 Glotz 1948, p. 485.

162 Glotz 1948, p. 654. Pour les événements de la paix de Nicias, G. Glotz (p. 663) remarque à juste titre le rôle essentiel des luttes internes qu’Alcibiade utilise pour se hisser au premier rang de la scène politique athénienne.

163 Glotz 1948, p. 694. Déjà en 1928, G. Glotz parlait du « désir de vengeance ». Voir infra

de vices, Gustave Glotz ajoute l’empressement164, la versatilité en amitié politique alliée à

une constance dans l’égoïsme165 et enfin la velléité dans ses entreprises166.

Malgré ce tableau noir, l’historien français note par touches les nombreuses qualités d’Alcibiade, en particulier dans les domaines diplomatique, stratégique et militaire. À propos des négociations qui conduisent à l’alliance argienne en 421/0, il apprécie « la souplesse de son jeu, une hardiesse non exempte de machiavélisme »167 ainsi que sa capacité

à anticiper et à prévoir les actions de ses adversaires. De même, son plan de conquête de la Sicile168 est celui d’un « diplomate de haute volée »169. Pour ce qui est de la stratégie et

des actions militaires, il remarque les choix judicieux, la capacité à financer par des moyens nouveaux – et peut-être plus radicaux, mais aussi plus efficaces que les anciens – une guerre qui est de plus en plus onéreuse, ou encore l’énergie qu’il insuffle dans une lutte.

Outre ce portrait, où vices et vertus se côtoient et s’opposent, l’analyse de Glotz est particulièrement intéressante lorsqu’il expose les choix idéologiques changeants d’Alcibiade. S’il explique toujours ses renversements d’alliance par des intérêts conjoncturels, il voit également en Alcibiade les indices d’une tentation tyrannique. Ainsi, il conclut par un jugement sévère son analyse des conditions –  le renversement de la démocratie  – fixée en 411 par Alcibiade pour revenir à Athènes : « comme Pisistrate, il [revient] d’exil pour dominer la démocratie »170. Le rapprochement est peut-être excessif. Pisistrate a détenu

164 Glotz 1948, p.  664. Pour G.  Glotz (p.  667), l’empressement d’Alcibiade dans la guerre d’Épidaure cause son échec aux élections de 418.

165 Glotz 1948, p. 716.

166 Glotz 1948, p. 741. G. Glotz juge très sévèrement le retour d’Alcibiade à Athènes. Pour lui, ce retour est dû au caractère indéterminé d’Alcibiade, qui ne désire pas suffisamment le bien de sa cité pour le réaliser. Ainsi, les quatre mois qu’il passe à Athènes permettent aux Péloponnésiens de reformer leurs forces, et son rejet de la paix le place sur le même plan que Cléophon.

167 Glotz 1948, p. 665.

168 G. Glotz (1948, p. 684-685 et 674) ne semble pas très critique à l’égard du projet de conquête et de ses causes. Au contraire, il en souligne la faisabilité et compare l’opposition entre les politiques de Nicias et d’Alcibiade à un choix sur l’avenir de la cité analogue à celui qui avait sévi entre Cimon et Thémistocle.

169 Glotz 1948, p. 688. G. Glotz attribue aux stratèges de l’expédition un caractère particulier : Nicias est le « politique circonspect », Alcibiade le diplomate et Lamachos « le soldat ». Cette catégorisation est juste, dans la mesure où le plan d’Alcibiade contient bien une importante phase diplomatique préliminaire. Toutefois, elle néglige peut-être trop le domaine militaire en ce qui concerne Alcibiade et donne à son plan un aspect trop passif. En effet, si Alcibiade souhaite négocier des alliances, il prévoit aussi de forcer les cités en cas de refus, c’est le cas à Catane, mais aussi pour Messine qu’un parti pro-Athéniens doit livrer à Alcibiade. Voir infra p. 365-366.

170 Glotz 1948 p. 718. Ici, G. Glotz produit un portrait qui se rapproche de celui de Chateaubriand. Voir supra p. 161-163.

plusieurs fois la tyrannie171, contrairement à Alcibiade, seulement soupçonné par certains

de ses contemporains, de vouloir la restaurer à son profit172 – et encore ce jugement doit être

réétudié en profondeur173. En outre, Alcibiade refuse et empêche une guerre civile entre

Athéniens lorsque le risque se présente174. Pisistrate, dans le but de recouvrer son pouvoir

personnel, mena une expédition militaire depuis Érétrie contre Athènes175.

Cette comparaison est à rapprocher d’un autre écrit de Gustave Glotz. En effet, dans

La Cité grecque176, parue trois ans avant la première édition de l’Histoire grecque, il

développait déjà un parallèle entre Alcibiade et les tyrans athéniens. Dans le chapitre II « Transformation de la vie sociale et politique » de la troisième partie « La cité au déclin », il traitait la question de la « lutte des classes », entendue comme la lutte entre les factions politiques – principalement oligarchique et démocratique – d’une même cité. Nous le citons :

Ce qu’il y a de plus grave au ive siècle pour le régime de la cité, c’est que l’esprit de parti se

place au-dessus du patriotisme. On avait déjà vu fréquemment des bannis chercher un appui à l’étranger pour rentrer dans leur patrie et y reconquérir le pouvoir. Athènes en avait fait la cruelle expérience par deux fois au cours du ve siècle, quand le désir de vengeance et l’ambition avaient

fait du Pisistratide l’allié du grand roi et poussé Alcibiade à se mettre successivement au service des Spartiates et des Perses. Le fait nouveau, c’est que des individus qui n’ont aucune injure à venger s’arment contre leur cité natale par pure sympathie pour les institutions d’une autre cité, c’est que des factions préfèrent la perte de l’indépendance nationale au triomphe de la faction adverse177.

171 Hérodote, I, 59-64. 172 Voir VI, 15 et 28.

173 Sur les suspicions de tyrannie, voir infra p. 265-268.

174 Voir VIII, 82 ; 86. G. Glotz (1948 p. 726) remarque pourtant que « l’armée brûlait de mettre le cap sur le Pirée, sans souci de l’ennemi, et d’en finir d’abord avec les Quatre-Cents. Alcibiade use d’autorité pour empêcher cette folie ». Voir notre commentaire du texte de Thucydide infra

p. 253-264 chap. 5. 175 Hérodote, I, 62-63.

176 Glotz 1928. Afin d’éviter une interprétation erronée d’Alcibiade chez G. Glotz, il faut signaler une erreur minime commise par l’auteur dans l’introduction de La Cité grecque. En effet, il assigne

à Alcibiade des propos qui appartiennent à Phrynichos : « Pendant la guerre du Péloponnèse, on vit tour à tour les démocrates et les oligarques d’Athènes soutenir partout le régime qui leur était cher ; rien n’y faisait : quand une ville sujette se révoltait, toutes les factions marchaient d’accord. Cléon était dans le vrai, lorsqu’il disait ne connaître qu’un moyen de maintenir l’empire : la terreur, qu’un régime efficace : la tyrannie ; et Alcibiade voyait juste, lorsqu’il pensait que toute cité, plutôt que d’être libre asservie sous le régime préféré, aimerait mieux être libre sous n’importe lequel » (p. 38). Or, Glotz renvoie ici à Thucydide, VIII, 48 qui expose les agissements des conjurés à Samos et l’opposition de Phrynichos aux propositions d’Alcibiade. Il s’agit très certainement d’une erreur involontaire, puisque G. Glotz cite correctement ce même passage à la page 334.

Si cette interprétation de Gustave Glotz – les actions d’Alcibiade à Sparte et en Perse sont des trahisons, causées par une vengeance explicable par des causes réelles – s’accorde avec une certaine tradition des sources littéraires178, la comparaison est encore une fois

à nuancer. Ici, le « Pisistratide » décrit par Gustave Glotz est Hippias, parti se réfugier auprès de Darius après l’assassinat d’Hipparque et la déposition des tyrans, et faisant, selon Hérodote, débarquer les barbares à Marathon179. Or, aussi mince qu’elle soit, il

existe une différence fondamentale avec Alcibiade. Hippias fit alliance avec les Perses par vengeance et pour retrouver un pouvoir personnel, tyrannique180. Alcibiade fait alliance

par vengeance, mais rien ne laisse penser que les Spartiates ou les Perses victorieux lui concéderaient une quelconque autorité sur les Athéniens vaincus. Ces analogies sur la tyrannie proviennent, selon nous, d’une lecture des sources antiques faite par Gustave Glotz dans le but d’argumenter sa théorie de l’évolution du modèle de la polis grecque,

depuis son élaboration jusqu’à ce qui s’apparenterait à une dégénérescence. Dans cette démonstration, Alcibiade occupe une place intermédiaire. Il représente ces hommes de la fin du ve siècle qui, selon Glotz, annoncent la déficience du sentiment patriotique

du ive siècle. Les Pisistratides et Alcibiade ne sont que des étapes – les premières – de

l’évolution croissante du sentiment individualiste dont Glotz voit l’apogée au ive siècle.

Ainsi, « la froide indifférence d’un Xénophon [vis-à-vis des institutions de sa cité] est plus significative encore que le ressentiment d’un Alcibiade »181.

*

Comme George Grote avant lui, Gustave Glotz nous semble écrire un portrait d’Alcibiade qui répond à un dessein plus vaste. Alcibiade n’est pas un objet d’étude en lui-même, mais un exemple qui permet d’argumenter et d’illustrer la lecture de l’Antiquité que proposent ces deux historiens, laquelle peut être fortement imprégnée de l’époque contemporaine de l’historien comme Pierre Pontier l’a montré à propos de George Grote182. De même, avec Gustave Glotz, le recours à l’épigraphie devient

plus fréquent. Néanmoins, nous voyons également le corpus des sources être peu à peu dominé par Thucydide.

178 Plutarque, Vie d’Alcibiade, 22, 3 ; Apophtegmes, 186e, 6 et 7.

179 Hérodote, VI, 102 ; 107. 180 Hérodote, VI, 109 ; 121. 181 Glotz 1928, p. 382. 182 Pontier 2010.

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