Erik nu echt in het licht?

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Nous avons limité notre étude des historiens postérieurs à trois auteurs. Deux d’entre eux nous transmettent des fragments d’Éphore. Il s’agit de Diodore de Sicile et d’Aristodème de Nysa. Tous les deux écrivent une Histoire universelle, mais seule

celle de Diodore nous est parvenue dans sa quasi‑intégralité. Le troisième historien est Polybe, dont le sujet n’est pas la guerre du Péloponnèse, mais qui commente une action d’Alcibiade. Bien qu’il soit antérieur aux deux autres, nous le traitons en dernier, son texte, plus technique, préfigurant les remarques des auteurs et penseurs militaires postérieurs.

3.1. Diodore et Aristodème : témoins d’Éphore

Les apports dus à Éphore de Cumes dans notre connaissance de la guerre du Péloponnèse ont été présentés dans la longue et précise synthèse d’Arnold Gomme39.

Notre objet étant limité à Alcibiade, nous avons choisi de centrer notre propos sur un fragment d’Éphore transmis par Diodore de Sicile et, peut‑être, par Aristodème de Nysa. Ce fragment fait l’objet d’une analyse détaillé dans notre sixième chapitre40,

nous présentons donc ici le contexte général de ces deux auteurs. *

En dehors du fragment d’Éphore sur les causes de la guerre41, l’apport de Diodore de

Sicile est contrasté. Nous avons déjà signalé dans nos prolégomènes les apports, les manques et les erreurs chronologiques de Diodore de Sicile. En ce qui concerne Alcibiade, outre les fluctuations de chronologie, son récit n’a que peu d’utilité pour la période avant 415. Diodore occulte bien souvent Alcibiade. Son récit de l’alliance argienne est 39 HCT I, p. 39‑84.

40 Voir infra p. 277‑291 chap. 6.

peu détaillé. En revanche, il transmet des informations absentes de Thucydide, comme la participation d’Alcibiade à la bataille de Délion comme simple soldat42. Le texte de

Diodore prend davantage d’importance pour les événements postérieurs à 411, mais cela est dû à l’arrêt du récit de Thucydide et à sa reprise par Xénophon.

*

Le cas d’Aristodème nécessite d’être traité plus en détail ici, car il est plus méconnu que celui de Diodore de Sicile43. Précisons avant tout la nature du texte en question. Il s’agit d’un

fragment présent dans le Codex Parisinus suppl. Graecus 60744, manuscrit copié à partir du

xe et relié au xvie siècle45. Il occupe les feuillets 83v‑85r ; 86v‑87v46 et semble appartenir à

une Histoire en plusieurs livres comme Charles Wescher47 l’a déduit à partir d’une étude

des notes marginales, malheureusement coupées par le relieur. Trois hypothèses principales ont été émises quant à l’attribution du fragment. Charles Wescher48, tout d’abord, attribue

le fragment à « celui des deux Aristodème de Nysa qui composa l’ouvrage en plusieurs

42 Diodore de Sicile, XII, 78‑79.

43 Le texte qui suit est en partie issu d’une communication intitulée «  Un manuscrit problématique dans une recherche sur Thucydide », prononcée le vendredi 29 mai 2015 lors du XLVIIIe Congrès de l’APLAES Manuscrits et aventures d’éditeurs (Besançon, 29‑30 mai 2015),

organisé par Th. Guard (ISTA EA 4011).

44 Le fragment est également présent dans le Supplément grec 1253, mais ce dernier est une copie

du Supp. 607 faite au xixe siècle. Il peut être en partie rapproché d’un papyrus d’Oxyrinchos (27, 2469).

45 Le fragment appartient à un ancien manuscrit qui compose la partie centrale du

Supplément  Grec  607 (f.  16‑104). Ce manuscrit plus ancien aurait été le fruit de trois mains

différentes, dont aucune n’est postérieure au xe siècle, tandis que la numérotation grecque des

feuillets paraît être du xiiie siècle. Sur l’examen du manuscrit, voir Wescher 1867a.

46 Un texte de Philostrate sépare en deux le fragment d’Aristodème. Il s’agit d’un passage oublié précédemment par le copiste et réintégré au moment de cette découverte.

47 Au début du fragment, en haut du f. 83v, Ch. Wescher lisait καὶ τὸ σημεῖον τοῦτό ἐστι τὸ ζητούμενον τοῦ Ἀριστοδήμου. Une inscription similaire devait figurer à l’endroit où le fragment de Philostrate s’achève (f. 86v), mais elle a été coupée par le ciseau du relieur du xvie siècle.

En haut du recto du f.  88r, Ch.  Wescher voyait les vestiges d’une note rappelant la fin du fragment d’Aristodème. Sur la même page, on notera la présence d’un double signe indiquant un changement de partie, ainsi qu’une annotation aujourd’hui invisible.

Enfin, en bas du f. 84r et en haut du f. 84v, Ch. Wescher reconnaissait dans les deux annotations, elles aussi coupées par le relieur, les indices d’un découpage en livres. Il proposait de lire Τέλος τοῦ Δ (= τέλος τοῦ τετάρτου [βιβλίου]) et Ἀρχὴ (= ἀρχὴ [τοῦ πέμπτου βιβλίου]). K. Müller (FHG

V Aristodemus, p. 6) proposait de lire Τέλος τοῦ **, mais traduisait Finis libri quinti pour la

première note.

48 Wescher 1867b, p. 349‑366. Voir également Wescher 1867a où l’éditeur expose rapidement sa trouvaille, avant d’examiner 1° le manuscrit, 2° l’auteur et 3° la division de l’ouvrage. Enfin Wescher 1868 reste à ce jour la seule traduction française.

livres intitulé Ἱστορίαι. […] Ces indices nous permettent de supposer que nous avons sous les yeux l’ouvrage d’un rhéteur grec d’Asie, contemporain de Strabon et de Pompée, qui s’inspira des compositions historiques antérieures, notamment de celles de Théopompe et d’Éphore »49. Plus récemment, Frances Pownall a proposé de le dater du iie siècle apr. J.‑C.,

en se fondant sur la langue et le style de l’auteur50. Enfin, Charlotte Schubert a vu dans ce

fragment l’œuvre d’un atthidographe qui aurait été recopiée51. Quelle que soit la datation

retenue, nous voulons de notre côté mettre en lumière la forte structuration du fragment et les variantes qu’il introduit par rapport au texte de Thucydide52.

Les feuillets 83v à 84v rapportent la fin des guerres médiques. Ensuite, de 84v l. 1 à 87v l. 8, se trouve une introduction générale couvrant la période entre les guerres médiques et la guerre du Péloponnèse. Son rôle est de fournir un cadre chronologique et une explication de l’archè athénienne. Cette section contient par conséquent des événements qui ont été

rapportés par Hérodote et Thucydide. Néanmoins, elle n’est pas une copie à l’identique des textes de l’historien d’Halicarnasse et de l’Athénien. La poursuite des Perses en Asie par les Grecs, et en particulier l’épisode de Sestos, figure dans cette partie introductive, et non pas dans la conclusion des guerres médiques qui précède. En cela, Aristodème semble adopter non pas le récit exact de Thucydide, mais en partie le prisme avec lequel il expliquait et introduisait la guerre du Péloponnèse. Sur d’autres points, Aristodème se distingue des choix de Thucydide. Par exemple, élément troublant, la construction des Longs Murs réalisée à l’époque de Périclès est intégrée à la description de la nouvelle enceinte d’Athènes édifiée sous l’impulsion de Thémistocle. En outre, Aristodème mentionne le transfert du trésor de la ligue de Délos sur l’Acropole d’Athènes en le situant dans son contexte. Les Athéniens procèdent ainsi après avoir reçu l’hégémonie du plein gré de leurs alliés. Le transfert du trésor est absent du récit de Thucydide, tandis que Diodore le rapporte, mais a posteriori.

Malgré l’information absente chez Thucydide, il faut remarquer la similarité entre le texte d’Aristodème et la structure des chapitres 96 et 97 du livre I. À la section 96, les Athéniens reçoivent l’hégémonie et l’exercent sur des alliés autonomes. Au chapitre 97, Thucydide signale l’importance du changement de comportement des Athéniens qu’il s’apprête à décrire dans les pages suivantes.

Les événements qui suivent sont tous liés à la double trahison de Pausanias et de Thémistocle. Les prémisses de la trahison de Pausanias sont alors replacées dans la chronologie, tandis que Thucydide, pour les besoins de sa démonstration, les 49 Wescher 1867a, p. 367. Si l’on accepte cette datation et cette attribution, ce fragment serait antérieur de peu à Diodore de Sicile.

50 Voir la notice et les commentaires de Fr. Pownall dans BNJ 104 F 1.

51 Schubert 2014, dont nous avons consulté le compte rendu par l’APh.

rapportait dans une digression placée avant la déclaration de guerre53. Aristodème

intègre deux faits absents du récit de Thucydide : en premier lieu, l’épisode de la jeune fille tuée par Pausanias, que nous connaissons également par Plutarque ; et surtout, un désaccord relatif à l’ordre selon lequel les alliés grecs ayant combattu les Perses doivent être nommés dans une inscription, dont Aristodème est notre seule source. Dans les dernières lignes qu’il consacre à la pentécontaétie, les événements s’enchaînent

rapidement et des lacunes apparaissent. Des faits, pourtant majeurs, manquent : ni les campagnes de Cimon en Thrace54, ni la révolte thasienne et la guerre contre les

gens de l’Ithôme55 ne sont rapportées. Parallèlement, Aristodème transmet toujours

des informations additionnelles, comme la paix de Callias56. Enfin, la chronologie se

brouille dans les dernières lignes de cette section. La prise de Gythion par Tolmidès a lieu après Coronée, c’est‑à‑dire après la mort de ce stratège. Le siège et la prise de Samos ont lieu la quatorzième année de la paix de Trente ans, c’est‑à‑dire en 431, et l’expédition athénienne est conduite par Périclès assisté de Thémistocle.

À partir de f.  87v  l.  8, commence une nouvelle section dont il subsiste trop peu d’éléments pour que l’on puisse se prononcer sur l’étendue de son contenu. Seule l’énonciation des quatre causes de la guerre57 nous a été transmise. Elle est composée

par : 1° la responsabilité personnelle de Périclès incité par Alcibiade, 2° l’affaire de Corcyre, 3° celle de Potidée, et enfin 4° la véritable cause, c’est‑à‑dire la montée de la puissance athénienne.

Dans son récit de la pentécontaétie et son exposé des causes de la guerre, Aristodème

utilise des sources originales multiples, selon Charles  Wescher probablement «  analogues [à], mais sur quelques points différentes  »58 de celles utilisées par

Diodore. Aristodème reproduit donc, et abrège, un récit chronologique du type de celui d’Hellanicos ou d’Éphore, ou bien recompose une chronologie à partir de plusieurs sources. Outre Éphore, Charles Wescher proposait d’identifier l’influence de

53 Le choix de Thucydide est causé par la nécessité d’expliquer au lecteur les demandes formulées au cours des dernières ambassades à propos des souillures athéniennes et spartiates. Voir I, 126‑127.

54 I, 98‑99. 55 I, 100‑103.

56 Diodore de Sicile (XII, 4, 5‑6) la rapporte également, mais sans faire aucune allusion au surnom de Λακκόπλουτος qui proviendrait des comiques attiques selon Plutarque (Vie d’Aristide,

5, 8).

57 Nous en faisons un commentaire détaillé, avec le fragment d’Éphore cité plus haut. Voir

infra p. 277‑291 chap. 6.

Clitarque et de Stratoclès59. Nous souhaitons ajouter qu’une influence thucydidéenne

est très probable. Certes, comme nous venons de le montrer, Aristodème ne reproduit pas à l’identique le texte de Thucydide. La première partie de son récit suit une chronologie stricte, tandis que l’historien athénien est volontairement erratique dans son premier livre. Toutefois, des similitudes existent en nombre suffisant : le récit de la pentécontaétie60, de la mort de Pausanias61 et de l’exil de Thémistocle62. Comme

Thucydide, Aristodème marque bien la montée en puissance des Athéniens rendue possible par l’hégémonie que les Grecs leur confient devant Sestos. De même la structuration des causes de la guerre fait penser à une influence de Thucydide, sans qu’il soit pour autant une source unique.

3.2. Polybe

Nous signalons ici une mention d’Alcibiade par Polybe63 qui commente l’installation

d’un poste de douane dans la région de Cyzique en 410. Ce texte nécessite une brève remarque64. L’information est présente chez Xénophon65, mais sans être attribuée

à Alcibiade. Polybe utilise donc probablement une autre source. Le texte de Polybe atteste la permanence au iie siècle av. J.‑C. d’une lecture positive d’Alcibiade pour ce

qui est de la conduite de la guerre.

3.3. Conclusion partielle

Polybe, Diodore et Aristodème offrent trois visions d’Alcibiade plusieurs siècles après sa mort. Polybe ne dit rien de sa personnalité qu’il connaît sans aucun doute. Il se contente d’un bref commentaire sur ses capacités de stratège, précisément sur un point que Xénophon n’attribuait pas à Alcibiade.

Le fragment d’Éphore rapporté par Diodore et celui d’Aristodème sont des témoins d’une tradition différente de celle de Thucydide. La responsabilité d’Alcibiade dans le déclenchement de la guerre d’Archidamos n’est attestée par aucune source 59 Clitarque et Stratoclès pourraient être la source d’Aristodème au sujet de la mort de Thémistocle. Voir Cicéron, Brutus, 11.

60 I, 88‑117 et 129‑138 cf. Par. Supp. Grec 607 f. 84v l. 1 à 87v l. 8 (= FGrH 104 F 1 4‑15).

61 I, 128‑134. 62 I, 135‑138.

63 Polybe, Histoires, IV, 44.

64 Nous le commenterons plus en détail, voir infra p. 422 chap. 9.

contemporaine, mais remonte au moins au ive  siècle. En raison de ses erreurs

chronologiques et des invraisemblances sur lesquelles elle repose, elle n’a jamais fait l’objet d’une étude approfondie par les spécialistes d’Alcibiade. Pourtant, cette tradition n’est pas dénuée d’intérêt. Inutile dans une biographie, elle a toute sa place dans une approche critique des sources et une étude de la construction de la figure d’Alcibiade.

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