Au niveau de l’éducation, les chiffres sont tout aussi alarmants et Haïti est encore bien loin des objectifs d’éducation pour tous.

Le système éducatif haïtien comprend : l’éducation préscolaire, l’enseignement fondamental, l’enseignement secondaire, l’enseignement technique et professionnel et l’enseignement supérieur, comme l’indique la figure 4. L'enseignement fondamental qui nous intéresse ici dure 9 années, il accueille en principe les 6-15 ans. Il « a pour objectif d'amener le maximum d'élèves à un niveau de connaissances générales, scientifiques et techniques par la maîtrise des outils de

base essentiels à leur intégration sociale, leur insertion dans la vie active et leur accession au niveau du secondaire » (Ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, 2004, p. 10). II comprend trois cycles qui durent respectivement quatre, deux et trois ans.

Figure 4 Schéma d'organisation du système éducatif haïtien (Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, 2007)

D’après le dernier recensement, pour l’année scolaire 2002-2003, le taux net de scolarisation était de 56,37 % au préscolaire, 76 % aux deux premiers cycles du fondamental, et seulement 22 % au troisième cycle du fondamental et au secondaire (Ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, 2003).

Les données statistiques provenant de l’Enquête sur les conditions de vie en Haïti (ECVH), réalisée en 2001, révélaient que le taux de scolarisation est fortement lié au degré de pauvreté et au milieu de résidence, les taux les plus faibles se retrouvant, comme on pouvait le prévoir, parmi les plus pauvres et en milieu rural (Egset & Sletten, 2005).

La fréquentation scolaire s’est améliorée depuis quelques années, mais l’efficacité interne reste très réduite. Trois caractéristiques importantes concourent à réduire la capacité d’admission : les abandons, les redoublements et la forte présence des surâgés. La durée de vie scolaire d’un enfant est nettement insuffisante pour lui garantir un bagage suffisant, elle était estimée à 3 années et 9 mois en moyenne dans le Rapport national sur les objectifs du millénaire pour le développement en 2004, (PNUD Haïti, 2005). Les taux de redoublement et d’abandon étaient respectivement de 14 % et 12 % en moyenne en 2002-2003 aux deux premiers cycles du fondamental (Ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, 2003). Tout cela, ajouté à l’accès tardif à l’école fait qu’environ les trois quarts de la population scolaire sont en retard par rapport à leur âge, les surâgés représentaient même 85 % de la population scolaire de 6e année en 2002-2003 (figure 6) ; en 2001, le taux net et le taux brut de scolarisation des 6-11 ans étaient dans un rapport de 1 à 2, respectivement 60 % et 120 % (Ministère de la Planification et de la Coopération externe, 2004).

Figure 5 Taux de rendement en fin d'année scolaire des élèves, aux deux premiers cycles du fondamental, selon les données du recensement scolaire 2002-2003. Source, Ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports (2003).

Figure 6 Pourcentage des surâgés par année d'étude, année 2002-2003, d’après les données du recensement scolaire 2002-2003. Source, Ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports (2003).

Bien des facteurs expliquent ce sombre tableau : pour le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (2007), les contenus d’enseignement, ainsi que les conditions d’apprentissage et d’enseignement sont les plus importants.

Comme nous le verrons plus loin, le niveau de formation académique et professionnelle des enseignants est relativement faible. De plus, les moyens dont ils disposent sont extrêmement limités ; par exemple, d’après le recensement 2002-2003, sur un total de 15 664 écoles, 3 547 étaient logées dans des églises, 6 306 avaient des cloisons en matériaux sommaires, 3 857 fonctionnaient sous des tonnelles, 3 664 avaient une toiture en paille ou n’en avaient pas du tout (Ministère de l'Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, 2003).

Les traditions et les structures éducatives pèsent aussi énormément sur ce système caractérisé par la mémorisation à outrance, l’autorité du maître, des contenus encyclopédiques souvent dépassés, le peu de place accordé au raisonnement et à l’esprit critique, la pauvreté du matériel pédagogique, la faiblesse de la gouvernance.

Pourtant, des efforts ont été consentis. Une grande réforme, connue sous le nom de Réforme Bernard (du nom du ministre de l’éducation d’alors, Joseph C.

Bernard) a été entreprise en 1982. Sa finalité était de mettre en place un système éducatif qui vise l’adaptation du jeune haïtien à son environnement économique, social et culturel national, ainsi que sa contribution effective au développement du pays. Parmi les innovations apportées par cette réforme, il faut citer : l’école fondamentale en trois cycles pour remplacer le primaire et le début du secondaire, l’introduction du créole comme langue d’enseignement et comme objet d’apprentissage, le français oral en première et deuxième années, et le français écrit seulement à partir de la troisième année (Ministère de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, 2004b).

Suite à un diagnostic du système éducatif en 1995, un plan stratégique a été lancé, le Plan national d’éducation et de formation (PNEF : 1997-2007). Il s’articulait suivant quatre axes stratégiques d’intervention : la gouvernance du système éducatif, l’accès à l’éducation, la qualité de l’éducation et l’efficacité externe du système éducatif. Il prévoyait entre autres de porter le taux net de scolarisation de 65 % à 95 % en créant 238 000 nouvelles places assises au niveau du fondamental en vue d’atteindre l’universalité d’accès vers 2010-2015. Le PNEF visait aussi la réduction des disparités entre les milieux rural et urbain, et également entre les départements géographiques du pays (Ministère de l’Éducation nationale de la Jeunesse et des Sports, 2000).

Plus récemment, en mai 2007, le gouvernement a lancé un nouveau plan décennal, la Stratégie nationale d’action pour l’éducation pour tous ; cinq choix stratégiques ont été retenus : promouvoir une plus grande équité dans le développement et la protection de la petite enfance, une plus grande équité dans l’accès à l'éducation formelle et non formelle, une plus grande efficacité interne du système d'éducation de base, une plus grande efficacité externe du système et enfin une gestion efficace et performante (Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, 2007).

Tout le problème réside cependant dans la mise en œuvre de ces plans : capacité de financement, capacité d’organisation, ressources humaines, contexte et volonté politiques, etc.

Que ce soit au niveau général, au niveau des TIC ou de l’éducation, la situation d’Haïti est donc marquée par des retards considérables, la pauvreté, la faiblesse de la gouvernance. C’est dans ce contexte particulièrement défavorable que se pose le problème de la formation des enseignants.

1.2 Le problème de la formation des enseignants en Haïti

In document University of Groningen Laser trapping of sodium isotopes for a high-precision β-decay experiment Kruithof, Wilbert Lucas (Page 16-21)