BEOORDELING EN EVALUATIE VAN TOTALE IMPACT VAN DE VOORGESTELDE

In document HIA Nieuwbouw Ronald McDonald Huis Locatie D Heritage Impact Assessment Gemeente Utrecht (pagina 29-33)

La sociologie de la capacité critique, telle qu’élaborée par les auteurs mentionnés, repose sur l’idée que plusieurs situations de la vie sociale, en particulier les disputes, peuvent être étudiées à partir des justifications des actions (Boltanski et Thévenot, 1999 : 359). En mettant en relief les principes de justification, les auteurs utilisent comme axe central la légitimation des accords, sans faire appel à la domination ou à la contingence de manière exclusive (ibid., p. 364). Ainsi, les auteurs proposent « d’élaborer une théorie de l’accord et du désaccord (…) qui rend compte de

l’affrontement avec des circonstances, avec une réalité, c’est-à-dire de l’engagement, dans une action d’êtres humains et d’objets » (Boltanski et Thévenot 1991 : 163).

À partir de plusieurs études empiriques, les auteurs constatent divers problèmes d’ordre épistémologique : notamment, le fait que les opérations classificatoires et de codification posent des problèmes. Ceci se traduit par des tensions entre les exigences de la qualification scientifique et les énoncés des acteurs, ou même par une opposition ouverte, de la part des acteurs concernés, à se faire classer d’une certaine façon (ibid., p. 12-14). Le conflit existant entre les façons de qualifier et de classifier les acteurs, soit dans les typologies scientifiques ou dans les qualifications ordinaires (ibid., p. 15), met en évidence le rapport presque indissociable entre le classement et le jugement.

De même, les auteurs constatent que lors de l’élaboration et de la discussion des nomenclatures d’analyse, les participants formulent des critiques à leurs pairs en matière de cohérence de leur position, mais surtout à propos de principes de justice (ibid., p. 16).

Dans ce sens, lorsque les situations de désaccord concernent l’impératif de la justification, soit pour appuyer la critique envers un autre participant, soit pour justifier ses actions afin de défendre sa cause, « les grandeurs deviennent particulièrement

saillantes dans les situations de disputes, tel qu'on peut les observer dans de nombreuses occasions de la vie quotidienne » (ibid., p. 26).

Mais, l’acceptabilité des justifications dépend de leur cohérence avec la généralisation d’une situation. Dans cette optique, les auteurs relient entre eux des principes communs de justification, préalablement identifiés dans des ouvrages sur la philosophie politique. Les auteurs choisissent donc des textes où les philosophes dressent le portrait de diverses conceptions du bien commun, ainsi que des fondements de justice. Autrement dit, il s’agit de textes qui proposent des formulations générales, « valant pour tous et dans toutes situations, validant des jeux

d’usages, des procédures, des arrangements ou des règles mis en œuvre localement » 24 (ibid.,

p. 93).

24 Les auteurs reprennent les principes philosophiques des œuvres suivantes : « la Cité de Dieu » de

Saint Augustin (354-430) pour la cité inspiré; « la Politique » de Bossuet (1627-1704) pour la cité

domestique; « Le Léviathan » de Hobbes (1588-1679) pour la cité de l’opinion; « Le Contrat social » de

Rousseau (1712-1778) pour la cité civique; « La Richesse des nations et la Théorie des sentiments moraux » d'Adam Smith (1723-1790) pour la cité marchande; et « Le Système industriel » de St-Simon (1760-1825) pour la cité industrielle.

Les principes de ces ouvrages seront nommés par Boltanski et Thévenot, « cités » et dotés d’une généralité pour en faire découler les justifications pertinentes applicables à diverses situations. Cependant, afin de relier les modèles de cité aux circonstances de la réalité sociale, les auteurs établissent « la référence à des choses

qualifiées (qui) entraîne une extension du cadre de cohérence par laquelle les cités se déploient dans des mondes communs » (ibid., p. 165). Les cités deviennent des mondes communs à

travers un ensemble d’objets et de dispositifs permettant d’établir des épreuves « qui

fixent une économie de grandeur dans chacun des mondes communs ». Ces dispositifs et

objets sont issus d’un autre corpus documentaire, à savoir, des guides pratiques désignés pour enseigner aux gens à gérer des situations particulières25. Ainsi, les

mondes communs se composent des principes philosophiques du bien commun de

chaque cité, ainsi que d’objets et de dispositifs cohérents à ces principes.

Les caractéristiques ou qualités de chaque monde commun ne représentent pas des qualités intrinsèques des sujets, mais l’ensemble des objets et des personnes mises en rapport qui serviront d’appui en tant qu’« appareils de la grandeur » (ibid.). Autrement dit, lorsqu’on essaie de manifester un désaccord, il est nécessaire de s’appuyer sur un ensemble d’idées, d’objets, de personnes, et d’établir des liens entre eux. Ainsi, lorsqu’on recherche un accord, il faut considérer une forme de généralité qui transcende le rapport entre la personne et la situation, une généralité qui permettra de relier la situation de la dispute avec d’autres situations semblables. Par

25 Pour le monde inspiré, les auteurs utilisent le livre « la créativité pratique » de B. Demoy; pour le

monde domestique « savoir-vivre et promotion » de P. Camusat; pour le monde de l’opinion « principes et

techniques des relations publiques » de C. Schneider; pour le monde civique, deux guides syndicaux publiés par la CGT : « Pour élire ou désigner les délégués » et « La section syndicale »; pour le monde

marchand « tout ce que vous n’apprendrez jamais à Harvard. Notes d’un homme de terrain » de M.

exemple, lors d’une collision routière, les conducteurs doivent converger vers une définition commune des objets relevant de la situation, dans ce cas, les codes routiers, l’état des pneus, etc. (ibid., 1999 : 370 — 372).

De cette manière, les auteurs développent une grammaire d’analyse des « mondes communs » qui décrit les sujets, les objets et les relations propres aux divers modes de justifications. Notamment, Boltanski et Thévenot proposent six mondes couvrant les justifications réalisées dans la plupart des situations ordinaires. Il s’agit des mondes de l’inspiration, du domestique, du civique, de l’opinion, du

marchand et de l’industriel.

La grille d’analyse de ces six mondes communs se compose des aspects suivants : un principe supérieur commun (le principe qui caractérise le monde); l’état de

grand (les garants du principe supérieur commun); la dignité des personnes (l’aptitude

de gens); le répertoire des sujets; le répertoire des objets et des dispositifs; la formule

d’investissement (ou le sacrifice pour maintenir les bienfaits); le rapport de grandeur (la

contribution au bien commun); les relations naturelles entre les êtres (les rapports accordés entre des sujets et/ou des objets); les figures harmonieuses de l’ordre naturel (ou les figures conformes au principe d’équité); l’épreuve modèle (le moment où un dispositif s’engage); le mode d’expression du jugement; la formule de l’évidence (la modalité de connaissance); l’état de petit et la déchéance de la cité (la qualification de l’état de petit) (ibid., 1991 : 200- 206).

Par exemple, dans le mode de justification du « monde inspiré », le principe

supérieur commun constitue l’inspiration et l’état de grand représente les attributs de

passion; le répertoire des sujets est l’artiste, l’illuminé, l’enfant; le répertoire des objets et

des dispositifs renvoie à l’inconscient, au rêve, à l’esprit, au corps; la formule d’investissement correspond à s’évader de la routine de l’habitude; le rapport de grandeur désigne la valeur de la singularité, le génie; les relations naturelles entre les êtres concernent les relations d’affectivité, les rencontres imprévues; la figure harmonieuse de l’ordre naturel s’associe à l’imaginaire; l’épreuve modèle s’incarne par la

création; le mode d’expression du jugement est figuré par l’intuition; la forme de l’évidence indique le signe, la métaphore, l’analogie; l’état de petit et la déchéance de la cité signifient le retrait du rêve et le retour aux habitudes (ibid.)26.

Caractériser les principes de justification implémentés par les acteurs pour légitimer leurs actions constitue une démarche féconde dans le cas de notre recherche et permettra de mettre en relief les arguments déployés lors des évaluations. En plus d’accentuer la légitimité de la justification, cette approche vise à saisir le sens de justice ou d’injustice auquel les acteurs font face lors de crises ou de désaccords (ibid., 1999 : 364). Bien que dans cette recherche le contexte de l’évaluation ne comporte pas de disputes, il s’agit de situations où les sujets doivent se mettre d’accord. En fait, les membres des jurys sont censés faire appel aux modes de justification lors de l’exposé au comité de leur appréciation ou critiques. À ce sujet, la grammaire de Boltanski et Thévenot nous apporte des pistes théoriques qui, adaptées à nos objectifs, ouvrent des voies d’analyse de la dynamique de l’évaluation au CALQ.

26 Pour une description complète des mondes communs, voir Boltanski et Thévenot (1991). De la

justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, p. 177-262. Voir un version abréviée dans les

Cahiers du CRISES (Centre de recherché sur les innovations sociales), collection Études théoriques. Christian Jetté. Une interprétation de l’économie des grandeurs. Cité par projets: ferment pour un nouvel esprit

du capitalisme. Copublication du Crises et du Larepps. Mai 2001. Site web : http://www.crises.uqam.ca/upload/files/publications/etudes-theoriques/ET0107.pdf

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